voilà Mme d’Arcque avec sa chienne, Delsa
une voisine aux formes généreuses
portant son parapluie blanc alors qu’il ne pleut pas
on la dit pas très bavarde mais c’est une mangeuse
elle se délecte de ce que l’on ne dit pas
c’est une gardienne de secrets, de métaphores en trésor,
de pensées en toutes choses
de Pitagore à quelques légendes d’Oslo
je sais de quoi je parle, ne vois-tu pas qu’elle t’hameçonne ?
ta mémoire en empreintes, voudrait-elle que tu lui donnes
des passants, Mme d’Arcque en décortique
en usant de son don médiumnique, elle s’applique
à te pousser, te pousser à lui diffuser tes pensées
pourtant je la voyais comme une femme ordinaire
mais c’est un satellite, un réceptacle sur deux pieds
 et pour Heinrich, le vieux savant de mon quartier, une antenne humaine aimantant les mots
les mots des autres qu’elle aime dépecer
parfois des flots d’expressions, quelques unes en trop
et c’est l’implosion dans son esprit de disque dur compressé
les migraines.. sa tête lourde de phrases prises au vol
son aller simple vers la conscience constante d’une Virginia Woolf
et connaître la léthargie d’un esprit en otage,
souffrant d’un coffre à pensées congestionné
je la vois qui danse, valsant au rythme de ses contes collectionnés
célébrant son triomphe de garder des histoires qui lui appartiennent
avant de s’effondrer, chuter au ralenti vers la rédemption
ne plus absorber, ne plus entendre aucun son
écouter pour la derniere fois Delsa, aboyer le point final à sa mission.