en ces derniers soirs de mars, j’entends battre mon sang dans ma tête
mes parois intérieures se contractent au son d’un appel venant
qu’on me délaisse de force sur un champ de bataille! où l’animosité est passée
je me dois d’être prêt pour me lancer dans l’armée
et que dire à celui qui me demanderait qui je suis?
simplement lui mentir en me mettant dans la peau d’autrui
quand est-ce que ma colère pourra-t-elle transpirer? lorsque mon corps en aura assez de s’en gouinfrer?
mes pieds trainent une boule de plomb qu’eux seuls trouvent légère
je veux me réveiller armé de grenades à déclenchement rapide
qu’on me jette dans une fosse aux lions où à l’instant même je saurai quoi faire
me faire rêver d’être élu à juger plausibles les faits d’un meurtre fratricide

neuf heures du soir
neuf heures et quelques minutes en plus
je vois cette obsession du temps qui m’est revenue
comme si j’apprenais à marcher en ayant qu’une seule jambe
le temps, une mesure quantitative qui, en équation, se la joue trop souvent inconnue
parfois je prends la main du gamin persuadé d’avoir le don de l’arrêter
l’enveloppe du plus commun des héros s’apparente en m’emparant
celle de l’enfant fixant ces branches, petite et grande, qui font de son présent
du passé composé
je régurgite de faire face, impassible, à l’irréversible notion de la réalité
bousculer ces minutes qui oppressent, les atomiser
foutre un coup de pied au syndrôme des moments oubliés
voilà ce que je veux! reliquer le temps, le mettre sous verre
et le jeter avec une force que je ne soupçonne pas
si fort que des éclats de verre viendraient m’écorcher
ou mieux est de le mettre sous terre
qu’il s’étouffe lui-même sous la pression de la gravité
qu’il fermente et pourrisse, qu’il dépasse sa date de péremption
j’aperçois les mains du petit, m’enfantant, lui jeter des pierres
lui qui s’amuse de l’instant, il s’essouffle à lui courrir après
perdant dans la foulée, une montre en plastique qu’il avait gagné
à une compétition

Difficiles ces matins quand nos neurones sont en plein ring où l’on sent qu’ils sont vivants, hyperactifs, rouges avides de questions impulsives. De ces interrogations existentielles qui entêtent comme on prendrait une dizaine de bus à la suite.
Je sais la récurrence de ces questions, que leur présence est naturelle pour chacun de nous mais la question qui les surplombe – toutes d’ailleurs – c’est : doit-on écouter leurs réponses lorsqu’on les a trouvé?
Ma tête est un piège à lettres de requêtes que personne n’a encore entreprises. Ne vous arrive-t-il pas de vous rendre compte que tout ce que vous avez décidé d’entreprendre est d’une grande supercherie? d’être le saltimbanque lambda, un semblant manipulé, de quelqu’un dont on ne connaît rien?
Je veux dire… de réaliser quasiment que nos choix, pas tous bien heureusement, ont été mauvais? Ne voudrait-on pas ressembler à celui pour qui tous les risques de décisions lui sont autorisés? Penser à un changement de vie radical, s’en rapprocher, le faire tout simplement. Nous sommes en droit d’en avoir la raisonnabilité lorsque tout nous paraît tellement mal consenti, voilà ce à quoi j’en arrive à penser. Alors on pourrait rêver, un matin, de se lever prêt pour aller voir un prêtre enchanteur, également vendeur de tickets pour le nulle-part – un métier qui nous semblerait suspicieux au passage.
![]()
A fall,
A decent from the highest places,
Crashing and twisting back down to the earth
Where every other person like me floats on the surface on the sea,
Facing the sky.
Watching clouds as they drift by overhead…
So far up there,
Those defying things,
So easily apart from us down here
Hanging up their so softly,
Cut in half by aeroplanes drifting through
And trailing them in tow,
Snagged a line and pulled it across the blue
For miles and miles.
Does it ever make any sense, a steady picture,
These wounds and scars long-formed,
White lines there on the surface so quietly and easily ignored
Of a thousand little dreams caste aside
For the things a heart can sometimes crave,
Like a child,
Like a grown man foolish in an act of war,
Things slowly coming apart.
c’est drôle de voir que des cercles de modèles forment nos vies
des cercles assortis, concentriques qui semblent toujours augmenter à l’extérieur puis se contracter
sommes-nous vraiment de telles machines prévisibles quand on pense que nos vies semblent être dictées?
oui, dictées par un simple manuel cosmique posé sur le bureau de Monsieur Olbeo, un ingénieur astronome
sommes-nous reliés par des cables à tel point que nos pensées et nos actions seraient un processus?
les modèles sont parfois grands, beaux mais aussi incroyablement suicidaires
sommes-nous ainsi limités pour penser que toutes nos actions sont prédéterminées?
il se pourrait qu’il n’y est aucun aspect aléatoire dans cette vie, seulement des cercles concentriques s’entrechoquant
nous sommes ces modèles, réduits à être définis par des prénoms, des codes barres textuels
oublier la prise de risques, s’autobannir la fulgurante force des pensées instinctives
le propre de l’homme, de l’être humain serait d’être condamné par l’omniprésence d’une ligne programmée
alors je m’inquiète, vient l’inquiétude de l’infini de la réflexion, du cerveau finalement puisque même l’inattendu est prévisible
je me demande comment pouvons-nous arriver à être aléatoires ou nouveaux?
voilà Mme d’Arcque avec sa chienne, Delsa
une voisine aux formes généreuses
portant son parapluie blanc alors qu’il ne pleut pas
on la dit pas très bavarde mais c’est une mangeuse
elle se délecte de ce que l’on ne dit pas
c’est une gardienne de secrets, de métaphores en trésor,
de pensées en toutes choses
de Pitagore à quelques légendes d’Oslo
je sais de quoi je parle, ne vois-tu pas qu’elle t’hameçonne ?
ta mémoire en empreintes, voudrait-elle que tu lui donnes
des passants, Mme d’Arcque en décortique
en usant de son don médiumnique, elle s’applique
à te pousser, te pousser à lui diffuser tes pensées
pourtant je la voyais comme une femme ordinaire
mais c’est un satellite, un réceptacle sur deux pieds
et pour Heinrich, le vieux savant de mon quartier, une antenne humaine aimantant les mots
les mots des autres qu’elle aime dépecer
parfois des flots d’expressions, quelques unes en trop
et c’est l’implosion dans son esprit de disque dur compressé
les migraines.. sa tête lourde de phrases prises au vol
son aller simple vers la conscience constante d’une Virginia Woolf
et connaître la léthargie d’un esprit en otage,
souffrant d’un coffre à pensées congestionné
je la vois qui danse, valsant au rythme de ses contes collectionnés
célébrant son triomphe de garder des histoires qui lui appartiennent
avant de s’effondrer, chuter au ralenti vers la rédemption
ne plus absorber, ne plus entendre aucun son
écouter pour la derniere fois Delsa, aboyer le point final à sa mission.
